Chaque ville raconte une manière de vivre, de marcher et de respirer. Parfois, ce sont les détails les plus discrets — un trottoir, un ruissellement, une plaque d’égout — qui révèlent la différence entre les lieux. Ce matin-là, un simple bruit d’eau m’a ramené à un souvenir ancien : celui de ma première découverte des villes où les égouts se taisent sous le sol, invisibles mais éloquents.
Marchant à pieds rejoindre la station d’autobus
Ce matin-là, je marche tranquillement dans la rue, en direction de mon travail. Comme à l’accoutumée, je passe devant la station-service de mon quartier — non pas pour y acheter du carburant, puisque je suis à pied — mais pour rejoindre la station d’autobus un peu plus loin.
C’est alors que mes oreilles perçoivent un léger ruissellement : celui des eaux d’un égout dissimulé sous une grille de fer. Ce bruit m’arrête un instant. Je réalise soudain que je vis dans une ville qui ne laisse pas ses collecteurs d’eaux usées à découvert.
Le souvenir de Paris: flânant aux abords de la gare de Lyon
Et là, sans prévenir, un souvenir de 2006 remonte à la surface.
Je me revois flânant aux abords de la gare de Lyon, à Paris. J’étais logé dans un hôtel non loin de là, en attente de mon départ pour Marseille. Je découvrais la ville avec des yeux neufs, curieux et émerveillés, comme si chaque rue, chaque façade me racontait quelque chose du vieux monde.
Je marchais sans crainte, sans devoir contourner ces caniveaux béants qui, dans la capitale de mon pays, bordent souvent les trottoirs. À Paris, rien de tout cela : pas d’égouts à ciel ouvert, seulement des rues lisses et rassurantes sous mes pas.
Je me sentais léger, presque fier d’être ce visiteur de passage, libre et attentif à la beauté de la ville.
Murmure en plein vol : « as-tu vu un seul égout à découvert ? »
Puis je pris le train vers Marseille.
Et, au retour, avant de reprendre l’avion pour Brazzaville, je profitai encore de quelques promenades dans Paris.
Je me souviens : le vol d’Air France venait à peine de s’élever au-dessus de la ville lorsque quelque chose murmura en moi :
« Tu t’en vas, c’est vrai. Mais dis-moi, durant tout ton séjour, as-tu vu un seul égout à découvert ?
As-tu aperçu un seul de ces caniveaux béants qui jalonnent tant de villes ailleurs ? »
Je réfléchis un instant, puis me répondis intérieurement :
« Non, en effet… je n’en ai vu aucun. Waouh. Quelle différence ! »
La méditation sur les villes et leurs égouts
Ce flash de mémoire me fit sourire. Tout en poursuivant ma marche, je me mis à méditer sur la question des caniveaux et des égouts à ciel ouvert — ces structures si banales et pourtant révélatrices du rapport qu’une ville entretient avec elle-même, avec son hygiène, son ordre, sa beauté.
Je compris alors combien ces détails du paysage urbain racontent une culture, une manière d’habiter la terre.
L’Autobus et le retour au présent
Quelques pas plus loin, je pressai le pas : l’autobus de la Régie des Transports de la Capitale (RTC) de Québec approchait.
J’y montai juste à temps, emportant avec moi ce mélange de souvenirs, de réflexions et d’eau qui coule, ici comme ailleurs, mais pas toujours de la même façon.
Un simple égout miroir du monde
Un simple égout peut devenir miroir du monde. Sous les pavés ou à ciel ouvert, il dit notre rapport à la propreté, à la cité, à la vie collective.
Et parfois, c’est en entendant l’eau s’écouler sous une grille que l’on mesure tout le chemin parcouru — de la flânerie parisienne au trottoir québécois, en passant par les rues de Brazzaville — entre les villes où l’eau s’égare et celles où elle se cache.




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