Le train Air-Pool entra à la gare de Brazzaville, lentement, et s’arrêta. Nombreux voyageurs descendaient des wagons, tandis que Saminou attendait, copieusement installé dans son siège ; il ne se souciait point du l’instant. Il ne savait pas qu’en ce moment-là, chacun devait descendre du train et prendre la direction de la sortie des quais. Ignorant tout, le futur citadin continua à attendre avec patience son porteur, son “papa contrôleur de train”, monsieur Sita.

train voyageur

La nuit se densifia à la suite d’une tornade qui venait de tomber et dont les eaux gisantes ou ruisselantes, luisaient encore aux reflets des lampes électriques. Alors quelque chose frappa l’esprit de l’enfant Saminou ; puis celui-ci commença à s’éblouir un peu, car Saminou s’aperçut que, au fur et à mesure que les gens étaient en train de descendre, il se retrouva seul dans la voiture, sinon en compagnie d’un homme inconnu.

Cet inconnu était aussi un voyageur comme Saminou ; il allait descendre dans la suite, un peu plus loin de la gare de Brazzaville, notamment au niveau du quartier Ouenzé-Mandzandza. L’enfant-colis commença à s’inquiéter et pensa: « où se trouve donc mon porteur?». Dans sa pensée béate et naïve, les contrôleurs de train n’allaient cesser leur service du jour qu’au-delà de la gare de Brazzaville, c’est-à-dire au Dépôt-CFCO, à Mpila. Voilà ce qui le consola encore. Une clochette retentit plusieurs fois, ordonnant au train voyageur omnibus de redémarrer. Le train démarra et son cœur se troubla. Jamais le porteur de Saminou ne fut revenu le prendre pour le conduire à destination. D’ailleurs, tout au long du voyage, le jeune garçon avait perdu les traces de son porteur, à l’instar d’un colis abandonné.

Alors, mille et une pensées le tourmentèrent et le déconcertèrent. Puis, quelques instants seulement après, le train s’immobilisa à nouveau pour laisser débarquer les derniers passagers avertis au Camp CFCO, à Ouenzé-Mandzandza. Saminou entendit ce nouveau langage comme dans une classe pédagogique, telle une  expérience qui lui valut école.

Le dernier compagnon de train inconnu de l’enfant-colis oublié dans un train, s’apprêtait à abandonner son siège pour s’en aller descendre car, pour lui, le train venait de terminer sa mission. Alors il le supplia, avec instance et émotion, de lui offrir son hospitalité dans la ville dont il était étranger, en brossant fébrilement à ce jeune homme inconnu, la mésaventure de ses moments. Ses petits yeux inconfortables baignèrent dans les larmes tandis que celui-ci embarrassé sembla pressé de s’en aller tout indifférent. Malgré tout, Saminou le poursuivit pour ne pas rater ce qui ressemblait à sa dernière chance.

Dans une précipitation visiblement désemparée l’enfant manifesta le désarroi. Il descendit du train et se tint debout sur une terre mouillée par l’eau de pluie. Après la pluie, allait-ce être le beau temps, comme l’on se plait souvent à le dire ? Le contexte d’arrivée dans la ville du nouveau citadin n’allait certainement pas démontrer la véracité de ce dicton populaire. La beauté de la ville et celle du voyage se tournèrent en dérision. Y aurait-il pour lui au moins le secours d’une main salutaire qu’il espérait d’ailleurs?

L’enfant Saminou afficha une mine d’orphelin, tandis qu’il se résolut vite de courir vers la locomotive qui ronronnait, abandonnant par terre ses trois bagages déjà trop encombrants pour ses faibles muscles. Il grimpa sur la locomotive jusqu’à la cabine, chez les conducteurs, comme un petit singe aux abois. La machine ronfla et siffla maintenant pour redémarrer. Le gamin posa aux conducteurs du train la question de savoir s’ils avaient connaissance d’un certain contrôleur et chef de train de ce soir-là appelé Sita. Ceux-ci nièrent d’en connaitre un. Mais hélas ! Sans laisser le temps à l’enfant de redescendre, le train s’ébranla. Heureusement pour l’infortuné, la locomotive était juste juxtaposée au premier wagon des voyageurs qui l’avait transporté. Saminou redescendit, en catastrophe, pour retrouver ses trois bagages: sa valise natale, son petit cartable et un sac de voyage dont, assurément, le poids ne pardonnait point.

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