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Le numérique ne manque pas d’opportunités : nous manquons parfois de direction

Il fut un temps où l’une de nos principales difficultés était de trouver l’information. Il fallait chercher un livre, rencontrer une personne qui savait, suivre une formation, se déplacer, attendre parfois longtemps avant d’obtenir une réponse. Aujourd’hui, une grande partie de ce savoir tient dans un appareil que nous pouvons garder dans la main.

Nous avons accès à des outils capables d’écrire, de traduire, de dessiner, de calculer, d’analyser, d’organiser, de communiquer et même de nous assister dans certaines tâches qui exigeaient autrefois beaucoup plus de temps et de moyens. Nous pouvons apprendre, créer, publier, vendre et entrer en relation avec des personnes situées à des milliers de kilomètres de nous.

Les possibilités semblent presque sans limites, quand bien même, quelque chose d’assez paradoxal se produit. Plus les possibilités se multiplient, plus certaines personnes semblent avoir du mal à savoir quoi faire de toutes ces possibilités.

Elles cherchent une idée, puis une autre. Elles commencent un projet, découvrent une nouvelle opportunité et abandonnent le précédent. Elles ouvrent une page, créent un site, essaient une plateforme, changent de stratégie, suivent une nouvelle formation, découvrent un nouvel outil et recommencent ailleurs.

Ces possibilités bougent beaucoup. Mais bouger n’est pas toujours avancer. C’est peut-être l’un des paradoxes les plus discrets de notre époque numérique : nous n’avons jamais eu autant de moyens pour construire, mais nous pouvons aussi avoir beaucoup plus de raisons de nous disperser.

Lorsque toutes les portes semblent ouvertes

Le numérique a quelque chose de fascinant: il ouvre des portes qui n’auraient pas été explorées auparavant.

Une personne qui possède une compétence peut désormais la partager avec des personnes qu’elle n’aurait jamais rencontrées autrement. Quelqu’un qui écrit peut librement publier. Aussi, même les moyens et outils de publication sont devenus si nombreux et si développés que l’enseignement peut aujourd’hui se faire à distance. Même l’éducation se transmet au-delà des murs d’une salle. Quelqu’un qui crée peut montrer son travail au monde, tandis que celui qui possède une idée peut trouver l’audience des personnes susceptibles de s’y intéresser.

Cette ouverture est en elle-même une opportunité extraordinaire offerte par les évolutions technologiques modernes. Mais lorsqu’un couloir comporte trop de portes, le problème n’est plus de trouver une porte ouverte. Il devient de savoir laquelle mérite d’être franchie sans aucune déconvenue. Et c’est particulièrement là que commence notre véritable difficulté.

Nous confondons parfois l’abondance des possibilités avec l’abondance des opportunités qui nous correspondent. Or ce n’est pas la même chose. Une possibilité signifie que quelque chose est faisable. Une opportunité suppose que cette chose possède une pertinence pour une situation, un objectif ou une personne donnée.

Le numérique nous montre constamment ce que nous pouvons faire. Mais il nous aide beaucoup moins à décider ce que nous devons faire. Cette décision demeure en grande partie la nôtre : nous devons nous-même la prendre après une évaluation nécessaire, tout en évitant la dispersion (peut-être due à une saturation).

Explorer n’est pas se disperser ou tout embrasser

Il faut cependant se méfier d’une autre confusion : explorer est nécessaire, mais attention!

Sans exploration, nous risquons de rester enfermés dans ce que nous connaissons déjà. Nous avons besoin d’essayer, de découvrir, de comparer, de nous tromper parfois et de modifier notre trajectoire lorsque la réalité nous montre que nous étions partis dans la mauvaise direction. Mais explorer ne signifie pas vivre éternellement dans l’essai ou tout embrasser.

Un voyageur peut découvrir plusieurs chemins sans les emprunter tous., mais il peut aussi courir le risque de vouloir tout embrasser. Or ne dit-on pas que “qui trop embrasse mal étreint”?

Il peut regarder une route, comprendre où elle mène, constater qu’elle ne correspond pas à sa destination et poursuivre son chemin. La dispersion commence lorsque nous ne cherchons plus à découvrir pour choisir, mais que nous découvrons sans jamais choisir. Tandis que la saturation commence lorsqu’on pense tout prendre pour finir par être désorienté.

Nous devenons alors collectionneurs de possibilités, en accumulant des idées, des outils, des formations, des comptes, des applications et des projets mal commencés voire inachevés.

Notre environnement numérique devient de plus en plus riche, tandis que notre construction personnelle demeure parfois étonnamment pauvre.

Ce n’est pas nécessairement parce que nous ne faisons rien. C’est parfois parce que nous faisons trop de choses qui ne s’additionnent pas.

Le mouvement n’est pas la progression

Cette distinction me paraît importante.

Il existe une activité qui nous donne l’impression d’avancer simplement parce qu’elle occupe notre temps.

Nous pouvons passer plusieurs heures à rechercher la meilleure stratégie pour développer notre activité sans jamais mettre cette stratégie à l’épreuve.

Nous pouvons passer des semaines à préparer un projet sans le confronter réellement au public auquel il est destiné.

Nous pouvons modifier notre identité visuelle, changer notre outil, refaire notre site, réfléchir à notre positionnement et regarder les résultats des autres, tout en retardant la seule chose qui permettrait véritablement de savoir si notre idée possède une valeur : la mettre au contact de la réalité.

Le numérique facilite énormément la préparation.

Il nous permet aussi de nous y cacher.

C’est un paradoxe que nous devons reconnaître.

Nous pouvons avoir l’impression de travailler sur notre projet alors que nous sommes parfois en train de travailler autour de notre projet.

La différence est subtile.

Mais elle peut représenter des mois, voire des années.

Ce qui nous manque parfois n’est pas une stratégie

Nous cherchons souvent une meilleure stratégie alors que nous n’avons pas encore défini clairement notre direction.

Quelle plateforme choisir ?

Combien de fois publier ?

Quelle technique utiliser ?

Quel outil d’intelligence artificielle adopter ?

Comment obtenir davantage de visibilité ?

Comment convertir une audience ?

Toutes ces questions peuvent être légitimes.

Mais elles deviennent secondaires lorsqu’une question plus profonde n’a pas encore reçu de réponse :

Qu’est-ce que je suis réellement en train de construire ?

Cette question change la manière dont nous regardons tout le reste.

Si je sais ce que je construis, je peux décider si une plateforme m’est utile.

Si je sais à qui je veux m’adresser, je peux décider quel contenu mérite d’être créé.

Si je connais la valeur que je souhaite apporter, je peux distinguer une véritable occasion d’une simple distraction.

Si je sais où je veux aller, je peux accepter de ne pas prendre toutes les routes.

La direction ne supprime donc pas les possibilités.

Elle leur donne une place.

Tout ce qui fonctionne pour quelqu’un d’autre ne doit pas nécessairement fonctionner pour nous

C’est probablement l’un des pièges les plus fréquents de notre époque.

Nous voyons quelqu’un réussir avec une méthode et nous supposons que cette méthode constitue notre prochaine étape.

Nous découvrons une personne qui connaît une croissance spectaculaire sur une plateforme et nous voulons reproduire son parcours.

Nous voyons un modèle économique fonctionner et nous voulons immédiatement l’adopter.

Nous observons une tendance et nous avons peur d’arriver trop tard.

Mais nous oublions souvent quelque chose d’essentiel : nous ne partons pas du même endroit, nous ne portons pas les mêmes compétences, nous ne poursuivons pas nécessairement la même destination et nous ne construisons pas pour les mêmes personnes.

Une méthode peut être excellente et être mauvaise pour notre situation.

Une plateforme peut être formidable et ne pas être celle dont notre projet a besoin.

Une opportunité peut être réelle et ne pas être la nôtre.

Le discernement commence lorsque nous cessons de demander uniquement : « Est-ce que cela fonctionne ? » et que nous ajoutons : « Est-ce que cela correspond à ce que je suis en train de construire ? »

Le numérique est un amplificateur

Nous avons parfois tendance à attribuer au numérique des pouvoirs qu’il ne possède pas.

Un outil peut nous faire gagner du temps.

Une plateforme peut nous donner accès à un public.

L’intelligence artificielle peut augmenter certaines de nos capacités.

Internet peut élargir considérablement notre champ d’action.

Mais aucun de ces éléments ne peut décider à notre place de ce qui mérite d’être construit.

Un outil puissant placé entre les mains d’une personne sans direction peut simplement produire davantage d’activité.

Une personne qui sait ce qu’elle veut construire, en revanche, peut transformer les mêmes outils en véritables leviers.

C’est pourquoi la question de la direction devient encore plus importante à mesure que les technologies deviennent puissantes.

Plus nos outils deviennent capables, plus nous devons être capables de choisir.

Autrement dit, l’augmentation de notre puissance technologique devrait aussi nous conduire à développer notre discernement.

Peut-être devons-nous apprendre à laisser certaines opportunités passer

Cette idée n’est pas toujours facile à accepter.

Nous avons été habitués à considérer toute occasion comme quelque chose qu’il faudrait saisir.

Pourtant, une construction sérieuse demande parfois de laisser passer une bonne occasion pour rester fidèle à une meilleure direction.

Dire non n’est pas nécessairement renoncer.

Cela peut être une manière de protéger quelque chose qui mérite notre attention.

Nous ne pouvons pas tout apprendre.

Nous ne pouvons pas être présents partout.

Nous ne pouvons pas exploiter toutes les plateformes.

Nous ne pouvons pas répondre à toutes les tendances.

Nous ne pouvons pas transformer chaque idée intéressante en projet.

Et nous n’avons pas besoin de le faire.

Notre temps, notre énergie, notre attention et notre capacité de création sont des ressources limitées.

Les traiter comme si elles étaient infinies est une manière assez efficace de les gaspiller.

Alors, où voulons-nous aller ?

Peut-être que notre prochaine recherche sur Internet ne devrait pas toujours commencer par :

« Quelle est la nouvelle opportunité ? »

Elle pourrait parfois commencer par :

« Qu’est-ce que je suis déjà en train de construire ? »

Cette question paraît moins excitante.

Elle est pourtant beaucoup plus exigeante.

Elle nous oblige à regarder nos projets tels qu’ils sont réellement, et non tels que nous aimerions les présenter.

Elle nous oblige à distinguer ce qui mérite d’être poursuivi de ce qui n’était qu’une curiosité passagère.

Elle nous oblige à accepter que certaines choses devront attendre.

Et surtout, elle nous rappelle que notre avenir ne sera pas construit par toutes les possibilités que nous aurons rencontrées, mais par celles auxquelles nous aurons consacré suffisamment de temps, d’attention et de constance.

Le numérique nous donne accès à un territoire immense.

Il serait dommage de passer notre existence à changer constamment de direction simplement parce que nous apercevons une nouvelle route.

Explorer est une richesse. Choisir est une responsabilité. Construire demande de la constance.

Le numérique ne manque donc pas d’opportunités.

Peut-être sommes-nous simplement arrivés à une époque où notre véritable défi n’est plus seulement de savoir comment trouver une opportunité, mais de savoir laquelle mérite que nous lui consacrions une partie de notre vie.

Et cette réponse ne se trouve pas toujours derrière un nouvel outil, une nouvelle plateforme ou une nouvelle tendance.

Elle commence peut-être par une question beaucoup plus simple :

Qu’est-ce que je veux réellement construire ?

C’est parfois lorsque nous avons enfin répondu à cette question que le numérique cesse de nous disperser et commence véritablement à nous servir.

Et si cette réflexion vous amène à vouloir construire plus consciemment avec le numérique, Digital Rayonne propose également un espace consacré à cette démarche.

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